La série Camarades est-elle réac ?

La critique suivante ne contient pas de spoiler des évènements majeurs de l’intrigue de Camarades, mais en décortique les thèmes et personnages d’une manière qui peut être jugée incompatible avec une découverte « à l’aveugle » de la série.

Voilà une série qui n’aurait pas dû cliver. Camarades, série sortie sur arte.tv en septembre 2026, avait initialement reçu un accueil enthousiaste de la part de la presse, que ce soit du Parisien, de La Voix du Nord ou du Monde, ou de titres plus marqués à gauche comme Télérama, Libération ou L’Humanité. Cette comédie parviendrait ainsi à rendre de manière visuellement créatrice la liberté et le bouillonnement politique de l’université expérimentale de Vincennes, créée par le pouvoir gaulliste pour repousser en dehors de Paris l’agitation étudiante soixante-huitarde, et détruite (techniquement déplacée à Saint-Denis) en 1980. L’exploration de cet univers se fait à travers la constitution d’un groupuscule prolétarien informellement chapeauté par le professeur Gérard Gérard (oui), dont les rêves révolutionnaires souffrent de quelques déconvenues. Pourtant, des voix discordantes se sont rapidement fait entendre sur les sites de critiques cinéma ou sur les réseaux sociaux, accusant la série de ne pas prendre au sérieux, voire de mépriser son sujet. Celle-ci, politiquement superficielle, voire traversée par des relents réactionnaires quant à des luttes pas bien sérieuses et des utopies vouées à l’échec, serait ainsi une mauvaise blague, dans tous les sens du terme. Pourtant a priori réalisée avec de bonnes intentions, nourrie par un important travail documentaire, la série jouerait-elle contre son camp (ou a minima, jouerait-elle la gauche du réel contre celle de l’utopie) ?

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Xavier Bertrand et Valérie Pécresse : portraits sociopolitiques comparés

Le portrait est un exercice journalistique assez largement psychologisant, tentant de trouver la « vérité » d’une personnalité sur la base d’une interview dont le verbatim est plus ou moins ironiquement questionné. Le ou la journaliste rédige alors un article au style censément littéraire qui accorde une place importante au contexte de l’interview – généralement dans un café, ce qui justifie apparemment de toujours mentionner ce que la personne boit et comment – et est agrémenté d’une photo de trois-quarts face avec une mise en scène plus ou moins expérimentale. Le portrait est souvent informatif quant à la jeunesse de la personne interviewée, qui est la seule à pouvoir fournir ce genre de détails sans enquête approfondie, et concerne généralement des personnalités mal connues, et dans le cas des personnalités politiques celles qui commencent à « faire parler d’elles ». C’est un genre d’articles diamétralement opposés à ceux que produisent les sciences sociales qui, lorsqu’elles évoquent des cas individuels, le font comme révélateurs de logiques plus structurelles du champ qu’elles étudient. Il est pourtant commun voire nécessaire d’approcher les acteurs à travers leur biographie, pour comprendre comment les situations passées peuvent conditionner les choix d’aujourd’hui, et comment une trajectoire individuelle s’inscrit dans la trajectoire plus large d’un groupe d’acteurs (une approche dite « prosopographique ») ou d’une organisation. Nous proposons donc ici de réaliser le portrait sociopolitique de deux dirigeants de la droite française ayant connu des trajectoires assez similaires (dans leur carrière ministérielle, élective et partisane), Xavier Bertrand et Valérie Pécresse, dont il sera alors possible d’éclairer les trajectoires en les comparant l’une à l’autre. Autrement dit, il s’agira d’enrichir la lecture que l’on peut faire de carrières politiques en les réinsérant dans leur contexte sociopolitique et en expliquant les motivations des différents choix que cette homme et cette femme politiques ont opéré, et la manière dont ils ont été reçus.

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Dire et produire l’idéologie partisane aujourd’hui : le cas de l’UMP/Les Républicains (2002-2024)

Le doctorat est un moment étrange, durant lequel on consacre plusieurs (longues) années de sa vie pour produire un opus de plusieurs centaines de pages que quelques personnes seulement liront réellement (dans le meilleur des cas). Pour autant, on a rarement l’occasion de produire un résumé de cette thèse qui pourrait permettre d’en faire connaître les principes et idées à un plus grand nombre. Paradoxalement, la soutenance de thèse – et le topo d’une vingtaine de minutes qu’on est censé(e) délivrer – constitue la meilleure opportunité de résumer ce travail long et dense. Je mets donc à disposition ci-dessous, la version – légèrement expurgée des formalités de la soutenance – de mon topo de thèse en science politique, soutenue le 2 décembre 2024 à l’IEP de Paris, dirigée par Florence Haegel et élégamment intitulée Dire et produire l’idéologie partisane aujourd’hui : le cas de l’UMP/Les Républicains (2002-2004).

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De quoi le meme « NicolasQuiPaie » est-il le nom ?

Graphique Google Trends de l’expression « Nicolas qui paie » du 21 avril au 21 juillet 2025. 100 indique le maximum de recherches effectuées en une journée (ici, le 11 juillet) [1]

Le meme « NicolasQuiPaie » connaît depuis quelques semaines un important succès … du moins dans les médias. Ce qui a commencé par un hashtag sur X/Twitter, notamment porté par le compte @NicolasQuiPaie (68K abonnés à l’heure de l’écriture de ce billet), est devenu un phénomène médiatique dont la réalité sur le terrain peine à émerger, à tel point qu’on pourrait parler d’une sorte de méta-mouvement, d’un mouvement généralisé à propos d’un mouvement bien plus ténu. Si beaucoup de médias ont analysé de manière critique ce hashtag – notamment dans sa dimension raciste – certains l’ont analysé comme un simple mouvement anti-impôts, quand d’autres encore l’ont soutenu.

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Les sondages : arnaque ou outil démocratique ?

Evolution des intentions de vote à l’élection présidentielle de 2022, par agrégation de tous les sondages publiés, intervalles de confiance inclus. Capture d’écran du site poliverse.fr/polls

Les sondages sont un élément aussi omniprésent que décrié de la démocratie contemporaine. Nés dans les années 1930 [1], les « instituts de sondage » sont sollicités par les médias, les gouvernements, les partis, les associations et les entreprises privées pour connaître l’état de « l’opinion publique ». Pourtant, la contestation à leur égard est forte voire grandissante, aussi bien du côté de médias que des universitaires. Chez les premiers, on peut citer Mediapart, où sont parues plusieurs enquêtes critiques de la fiabilité des sondages et qui revendique ne pas en commenter, Le Parisien, qui avait annoncé durant la campagne présidentielle de 2017 une « pause » dans la commande de sondages au profit du travail journalistique « de terrain », ou encore Ouest-France, ayant déclaré dans un éditorial renoncer à la publication de sondages en vue des élections européennes de 2024.

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Faire une bibliographie

Ceci est une courte introduction à la fabrication d’une bibliographie, à destination des étudiant(e)s. Toutes les types de source ne sont pas indiquées, mais les principales sources sont présentées afin de pouvoir mieux comprendre la logique de la bibliographie. Le meilleur moyen de se familiariser avec les bibliographies et leurs usages est de consulter des articles et ouvrages académiques.

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Les Républicains, parti de l’ambiguïté

Discours d’Eric Ciotti aux Etats-généraux de la droite le 17 juin 2023 au Cirque d’Hiver (images Les Républicains)

Cette tribune a initialement été publiée dans le journal Le Monde

La crise partisane qui afflige Les Républicains depuis 2017 semble ne plus vouloir finir. Passés en un quinquennat de pôle majeur de la vie politique française à réduit électoral coincé entre le centre et l’extrême droite, le parti dirigé par Eric Ciotti paraît incapable d’enrayer la tripartition du système partisan dont son déclin est la conséquence logique. Il chemine aujourd’hui sur une ligne de crête stratégique et idéologique étroite, ballottée par l’actualité. Refusant l’alliance avec le gouvernement Borne, il a néanmoins voté plus de la moitié de ses textes. Maintenant un cordon sanitaire avec le Rassemblement national, il a malgré tout largement contribué à diffuser ses thèmes et ses idées, reprenant par exemple sa grille de lecture sécuritaire et migratoire des évènements consécutifs à la mort de Nahel M. à Nanterre. Enfin, il s’est récemment déchiré sur un enjeu politique (les retraites) qui avait toujours fait consensus jusque-là.

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La République à front renversé

Marine Le Pen et Emmanuel Macron à l’Elysée le 21 juin 2022. Crédits : Ludovic MARIN / POOL / AFP

Nous avions publié l’été dernier un article sur le devenir du front républicain, qui avait notamment vocation à publiciser les résultats d’un article académique paru dans la revue Partecipazione & Conflitto, mais qui proposait également une analyse de l’actualité politique immédiate qu’il nous paraît intéressant de réviser au vu des évènements qui ont émaillé la première année du second quinquennat d’Emmanuel Macron et qui nous semblent davantage pointer vers un renversement du front républicain que vers sa fin.

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Sciences Po, l’école de la domination ? [recension]

Disclaimer : Au moment de recenser un ouvrage critique sur Sciences Po, un bref état des lieux s’impose pour savoir « d’où on parle », pour reprendre une célèbre interpellation soixante-huitarde. Je termine actuellement ma dixième année en tant qu’étudiant à Sciences Po : trois au Collège universitaire (c’est-à-dire la licence, réalisée en bicursus avec Paris I, Tolbiac rpz), deux en master de recherche en science politique mention politique comparée et bientôt cinq en tant que doctorant au Centre d’études européennes et de politique comparée. J’ai également enseigné à Sciences Po des cours de science politique de première et deuxième année et ai participé voire organisé un certain nombre d’activités typiques de la recherche académique (colloques, séminaires, etc.), tout en ne manquant pas de suivre de près les polémiques qui ont agité l’école depuis deux ans. Je suis donc un sciencepiste « pur jus », même si peu d’étudiants et d’étudiantes choisissent la voie doctorale, et la réaction à ma lecture du livre pourrait sans doute être comprise comme un réflexe corporatiste d’un agent ayant bien profité des privilèges offerts par cet établissement, quand bien même j’espère que cela ne soit pas le cas (sauf pour les privilèges). Mais je dois également signaler quelques liens avec la rédaction de Mediapart, dont est issu l’auteur (que je ne connais pas par ailleurs), puisque j’ai déjà à plusieurs reprises répondu à des journalistes pour les besoins d’un papier, réalisé un entretien vidéo sur le thème fort incongru de la droite française et commenté en plateau les quatre soirées électorales de 2022. Je suis également abonné à titre personnel à ce média dont je respecte grandement le travail, ce qui participera vraisemblablement à atténuer la dimension critique de cette recension.

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La panique woke : anatomie d’une offensive réactionnaire [critique]

Le petit livre magenta d’A. Mahoudeau

La panique woke est un ouvrage d’une grande qualité, éclairant de manière synthétique, documentée, accessible et critique les discours autour du « wokisme », phénomène aux contours incertains inquiétant aussi bien la droite réactionnaire qu’une partie de la gauche se proclamant « républicaine ». Or, c’est précisément parce que la qualité de l’œuvre est unanimement reconnue par les différentes critiques qui en ont été réalisées – majoritairement il est vrai par des personnes plutôt enclines à acquiescer à ses thèses – qu’une critique plus pointilleuse peut s’avérer heuristique pour progresser dans la compréhension de son objet, à savoir les mouvements réactionnaires contemporains, notamment français et américains. Par ailleurs, s’il se revendique comme un livre « d’intervention » et non un livre de sciences sociales (p. 22), force est de constater qu’il dépasse la simple perspective de l’essai et propose une analyse plutôt rigoureuse fondée sur la lecture de nombreux ouvrages « anti-wokes », une revue de la littérature académique sur le sujet et une perspective historique et transnationale du phénomène de l’anti-wokisme. Il ne s’agira donc pas ici de juger de la valeur intrinsèque de La panique woke, mais plutôt de faire comme s’il s’agissait d’un ouvrage ayant pour but de contribuer à la littérature académique afin de déterminer les pistes de recherche qu’il pourrait (ou non) initier.

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